Stratégie

La coopération suisse au développement est active dans quatre thèmes prioritaires dans la région des Grands Lacs: l’accès de la population aux services de base (santé, hygiène), le développement d’une économie locale génératrice d’emplois et de revenus, la protection des civils et la consolidation des processus démocratiques. La DDC coordonne ses actions au Rwanda, au Burundi et en République démocratique du Congo (RDC) au moyen d’une stratégie régionale.

Le Rwanda, le Burundi et la RDC restent à ce jour des pays confrontés à la pauvreté. Ce contexte de précarité favorise, dans le cas du Burundi et de la RDC, une instabilité politique et des conflits récurrents. La DDC conçoit qu’une stabilisation d’ampleur régionale est indispensable pour le bien-être des populations concernées: les destins des trois pays sont en effet largement interdépendants si l’on pense aux échanges économiques transfrontaliers existants ou aux rébellions qui se déplacent d’un territoire à l’autre. La pacification de la région passe par un renforcement de la légitimité des institutions. Conformément à son mandat d’intervention prioritaire dans les contextes fragiles, la DDC s’emploie à épauler les autorités du Rwanda, du Burundi et de la RDC dans leurs fonctions principales: offrir aux populations une sécurité maximale, des emplois et des services de base de qualité.

S'engager sur la durée

Présente depuis les années 1960 dans les Grands Lacs, la Suisse s'est diversement engagée dans la région .

Entre 1963 et 1994, la Direction du développement et de la coopération (DDC) a exécuté de nombreux projets de coopération au développement au Rwanda. Suite au génocide de 1994, la Suisse a fourni au Rwanda une aide humanitaire de 1994 à 1997.

Dès 1998, la DDC a repris sa coopération avec le Rwanda pour progressivement incorporer ses actions dans un programme régional destiné au Rwanda, au Burundi et à la province du Sud-Kivu à l'Est de la RDC. En parallèle, le financement de nombreuses actions humanitaires de reconstruction post-conflit s'est poursuivi dans la région.

Enfin, la diplomatie suisse a œuvré dès 1998 à accompagner et faciliter les processus de paix burundais et congolais qui ont respectivement abouti aux accords d’Arusha en 2000 et de Pretoria en 2002.

Quatre axes d’interventions ont été définis :

  • «Services de base»: l’engagement de la coopération suisse dans ce domaine reste concentré sur la santé (santé maternelle et infantile, violences sexuelles, eau et assainissement). Avec le développement de la sécurité, l’amélioration des systèmes de santé est l’un des moyens les plus efficaces pour rétablir la confiance entre les citoyens et l’administration et ainsi construire la légitimité de l’Etat.

  • «Processus démocratiques» pour prévenir et surmonter les crises et conflits. Cet axe traduit la volonté de la Suisse d’appuyer le développement d’une culture démocratique dans la région des Grands Lacs. Ceci passe par un appui à des institutions ou mécanismes susceptibles de prévenir un regain de violence et la promotion des droits de l’homme. En parallèle d’un appui aux processus de dialogue politique, de traitement du passé et du respect des droits humains au Burundi, la Suisse met en œuvre des programmes dans le domaine des médias et de la sécurité foncière.

  • «Emplois et revenus»: nouvel axe introduit à partir de 2013. En cohérence avec le message 2013 – 2016, la coopération suisse Grands Lacs s’est engagée dans ce domaine, de par le rôle important que l’emploi et le revenu jouent dans les processus de stabilisation. Il inclut la formation professionnelle et l’agriculture.

  • «Protection des civils»: La Suisse contribue aux objectifs des pays et des acteurs humanitaires en termes d’accès humanitaire et de protection des groupes vulnérables (réfugiés, déplacés internes et retournés, familles d’accueil, femmes, enfants).

La Direction du développement et de la coopération (DDC) met en œuvre les programmes de coopération au développement et d'aide humanitaire. Pour coordonner son "Programme Grands Lacs", la DDC dispose de trois bureaux de coopération: Kigali (Rwanda, bureau régional), Bujumbura (Burundi, Bureau de programme) et Bukavu (Sud Kivu, bureau de programme).

A ce jour, la DDC exécute 11 programmes régionaux de coopération au développement couvrant le Rwanda, le Burundi et la province Sud-Kivu de la RDC dans les domaines de la décentralisation, sécurisation foncière, santé ,appui aux médias, formation professionnelle, agriculture, nutrition, production de matériel de construction propice à l’environnement et dans le domaine de l’eau .

La DDC appuie, là où cela s’avère pertinent, les institutions étatiques existantes en renforçant les capacités organisationnelles des autorités et structures décentralisées. Tenante d'une approche globale et participative du développement, elle prend soin d'intégrer tous les acteurs dans la planification, la mise en œuvre et le suivi de ses programmes de coopération. La DDC s'efforce de faire dialoguer les niveaux d'autorités entre elles et avec les communautés citoyennes. Dans le domaine de la décentralisation, de l'accès aux soins ou de la sécurisation foncière, elle cherche à nourrir la réflexion menée au niveau national à partir des expériences réalisées dans les provinces ou districts.

En plus de l’appui fourni aux réfugiés, personnes déplacées et retournées avec un accent particulier sur les femmes et les enfants des crises cycliques qui ravagent la région ou des catastrophes naturelles, l’aide humanitaire suisse s'efforce de faire le lien entre les interventions d'urgence et les programmes de coopération au développement qui ont pu redémarrer dans la région.

La Suisse est persuadée que l’aide humanitaire et l'aide à la reconstruction restent indispensables dans le contexte régional actuel. En effet, la stabilité politique, sociale et économique, qui est à la base de toute paix durable dans la région, ne pourra être atteinte que si des instruments de coopération au développement, de promotion et consolidation de la paix et de l’aide humanitaire sont mis en place de façon immédiate, simultanée et concertée.

C'est ainsi que plusieurs services et experts du Département fédéral des affaires étrangères soutiennent des initiatives de promotion de la paix dans les domaines de la médiation politique, de la sécurité humaine et de la promotion des droits humains. A cet effet, deux conseillères de la Division Sécurité Humaine de la Direction politique du Département fédéral des affaires étrangères sont basées dans la région (Bujumbura et Kinshasa. Les ambassades de Suisse à Nairobi (Kenya) et Kinshasa (RDC) contribuent également au dialogue avec les autorités nationales et les divers acteurs en présence.

De manière générale, la coopération suisse dans les Grands Lacs s'efforce d'ancrer ses interventions dans une perspective régionale. L’interdépendance du Rwanda, du Burundi et des provinces du Kivu en RDC est évidente sur les plans historique, géopolitique et commercial. Le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo sont des pays qui ont chacun été marqués des conflits meurtriers et qui accusent une situation de pauvreté encore très présente.

La proximité géographique du Rwanda, du Burundi et des provinces du Kivu et les dynamiques d’échanges réguliers qui existent sur un territoire aussi restreint invitent à penser que le développement économique et social du Rwanda, du Burundi et de la RDC peut, et doit, s'opérer également à l'échelle de la région. Tout en renforçant la régionalisation de son portefeuille dans les Grands Lacs, la Suisse n’applique pas une approche mécanique dans les efforts de régionalisation afin de pouvoir tenir compte des spécificités et du degré de développement de chaque pays de la région.