Ouverture de la 37ème session du Conseil des droits de l'homme

26.02.2018

Genève, 26.02.2018 - Allocution du conseiller fédéral Ignazio Cassis - Seul le texte prononcé fait foi

Orateur: Chef du Département, Ignazio Cassis

Ignazio Cassis lors de son discours à l'ouverture du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies.
Le conseiller fédéral Ignazio Cassis lors de son discours d'ouverture du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies à Genève. © Keystone

Excellences,
Mesdames et Messieurs, chers amis,

Soyez toutes et tous les bienvenus dans mon pays et dans cette cité de Genève. Bienvenue tout particulièrement dans ce Conseil des droits de l’homme.

J'ai l'honneur de m'adresser à vous en tant que premier représentant étatique. Il ne s’agit pas seulement du premier discours d’un représentant étatique à l’occasion de l’ouverture de haut-niveau de cette session du Conseil des droits de l’homme. Il s’agit également de ma première interaction avec le Conseil des droits de l’homme depuis que j'ai pris mes fonctions en tant que Ministre des affaires étrangères de la Suisse.

Je suis donc particulièrement heureux d’être parmi vous en ce jour.

Cette année, nous commémorons les 70 ans de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. 70 ans, c’est une longue période. Et le monde a depuis fortement évolué.

L’heure est donc venue de nous demander : la Déclaration universelle des droits de l'homme est-elle toujours pertinente ? Est-elle encore nécessaire?

En tant que Ministre des affaires étrangères de la Suisse, il est de mon devoir de m’engager en faveur des intérêts de mon pays. Les Suissesses et Suisses aspirent à la paix et à la prospérité. En tant que Ministre des affaires étrangères je m'engage donc en ce sens.

Mais comment pouvons-nous en tant qu’État singulier sauvegarder nos intérêts ? À nous seuls, nous ne pouvons garantir la paix. Et pour bâtir la prospérité, nous avons besoin de systèmes d’échanges stables et de débouchés pour nos exportations.

La clé dans les deux cas est l’Etat de droit, c'est-à-dire un système fondé sur la loi, et non pas sur la loi du plus fort.

Dans un ordre international fondé sur le droit, les conflits peuvent se résoudre sans violence. Les guerres ne sont pas nécessaires. Et la stabilité et la sécurité juridiques favorisent les affaires et nous apportent la prospérité. En formulant des droits universellement reconnus, la Déclaration contribue au renforcement de cet Etat de droit.

Certains de ces droits créent en outre directement les conditions préalables à la prospérité. Tout particulièrement, la liberté d’expression, la liberté de réunion et d’association ainsi que la liberté économique et la garantie de la propriété privée constituent la base pour toute société innovatrice et prospère.

La réponse à ma question est donc : oui, la Déclaration universelle des droits de l'homme a encore toute sa raison d’être.

La Suisse entend également se montrer solidaire avec le monde. C'est pourquoi elle s’est fixée dans la Constitution comme mission de contribuer à soulager les populations dans le besoin et à lutter contre la pauvreté ainsi qu’à promouvoir le respect des droits de l’homme, la démocratie et la coexistence pacifique des peuples. C'est aussi pourquoi la Suisse soutient la Déclaration.

Mais la raison la plus simple pour laquelle la Suisse est en faveur de la Déclaration universelle des droits de l'homme est parce que celle-ci est dans son intérêt.


Pour préserver les intérêts des Suissesses et Suisses afin qu’ils puissent vivre dans la paix et la prospérité, un ordre international solide et fonctionnel est nécessaire, et pour cela nous nécessitons la Déclaration de 1948.

C'est pourquoi la Suisse s’engage pour cette Déclaration et pour les droits de l’homme de manière générale.

Tournons-nous maintenant vers l'avenir.

Malheureusement, l'existence d’un système international fonctionnel reposant sur les droits de l'homme n'a rien d’une évidence : dans plusieurs régions du monde, nous observons en effet des violations systématiques des droits de l’homme ainsi que l’émergence et la persistance de nouvelles dynamiques de conflits.

Nous constatons également l’essor de nationalismes hostiles, accompagnés d’un regain du racisme, de la xénophobie et d’autres formes de discrimination.

Par ailleurs, dès le début du nouveau siècle, le phénomène du terrorisme et de l’extrémisme violent ainsi que l’entrée dans l’ère numérique ont légitimé un plus grand besoin de sécurité. Or, les questions de sécurité et le renforcement de la surveillance peuvent entrer en conflit avec les droits de l’homme, et tout particulièrement les libertés fondamentales.

Mesdames, Messieurs

Ensemble nous sommes à la recherche de solutions pour garantir la paix, la prospérité et la sécurité pour tous.

Pour que ces solutions soient vraiment efficaces et pour qu’elles soient mises en œuvre partout dans le monde, nous devons en débattre et agir ensemble.

La Suisse propose deux axes prioritaires d’engagement:

Dans un premier temps, et dans le respect des priorités du Secrétaire général de l’ONU, la Suisse s'engage à ce que les synergies entre les trois piliers de l'ONU soient davantage exploitées.

• Les droits de l'homme peuvent jouer un rôle important dans la prévention des conflits. Prévenir les violations des droits de l'homme peut contribuer à empêcher le déclenchement d’un conflit.

• Les conflits coûtent cher. Une prévention efficace pourrait se traduire par des économies de 5 à 70 milliards de dollars par an pour les États touchés et la communauté internationale.

• Il existe également un fort potentiel de synergies entre les droits de l'homme et le pilier du développement. Nous reconnaissons le potentiel pour les droits de l’homme de l’Agenda 2030.

Deuxièmement, nous devons renforcer l'architecture internationale des droits de l'homme:

• L’histoire du Conseil des droits de l'homme est celle d’une réussite. Son action contribue à la protection des droits de l'homme dans le monde entier. De plus, il travaille à l'élaboration de nouvelles normes et à la mise en œuvre des règles existantes.

• Pour continuer à jouer ce rôle important, il a besoin du soutien politique et matériel nécessaire.

• Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme joue un rôle indispensable. Nous devons nous mobiliser ensemble pour que son bureau dispose du soutien politique et des moyens suffisants pour rester au cœur du système mondial de protection et de promotion des droits de l’homme.

Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Chers amis,

Les droits de l’homme sont une valeur cardinale pour la Suisse. Ils font partie intégrante de sa tradition, de son histoire, de son système politique et de son ordre juridique. Dans cet esprit, la Suisse multiplie les efforts afin que tous ses habitants puissent vivre ensemble, dans le respect des uns des autres, et afin que la diversité et l'égalité des chances ne soient pas des vains mots.

Au nom de la Suisse, je vous souhaite un bon travail.

70 ans après l’adoption de la Déclaration universelle des droits de l’homme, renouvelons notre engagement, ensemble, dans ce même esprit visionnaire et courageux pour la mise en œuvre réelle des droits de chaque être humain.


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