Agir rapidement pour sauver des vies

Artículo, 21.12.2015

Publication: L’AGEFI, 18.12.2015

Lors de catastrophes naturelles ou après l'éclatement de conflits, il n'y a guère de temps pour les prises de décisions longues ou la consultation avec les pays donateurs. Les besoins financiers sont immédiats. Le fonds central d’intervention d’urgence de l’ONU a fait ses preuves. Il est le reflet d’une solidarité internationale active.

Limiter les pertes en vies humaines après une catastrophe naturelle impose de pouvoir intervenir rapidement. L’Aide humanitaire de la Suisse envoie une équipe d’intervention dans les pays concernés généralement en l’espace de quelques heures. Cela a par exemple été le cas après la série de séismes qui ont frappé le Népal le 25 avril 2015, faisant plus de 8800 morts et plus de 22.400 blessés. Moins de 24 heures après la première secousse de magnitude 7,8, l’équipe d’intervention suisse était en route pour le Népal. Au total, 70 spécialistes du Corps suisse d’aide humanitaire (CSA) ont été à pied d’oeuvre jusqu’au 6 juin 2015, soit pendant au total 992 jours d’engagement, dans les domaines de la coordination, de la construction, de la logistique et de la médecine.

Tremblement de terre au Népal: des millions de dollars ont sauvé des vies

Trois jours après le premier séisme, Valerie Amos, alors coordinatrice de l’ONU pour l’aide humanitaire, a promis une enveloppe de 15 millions de dollars américains pour les mesures d’aide d’urgence. Ces fonds ont pu être transférés en l’espace de quelques jours à plusieurs organisations des Nations Unies actives dans la région. Au cours de cette première phase, priorité a été donnée à la protection des mères et des enfants, l’approvisionnement en eau, la distribution de nourriture, l’organisation de ponts aériens vers les régions difficiles d’accès, la mise à disposition d’hébergements et les soins médicaux. Ces mesures, mises en oeuvre rapidement, s’inscrivent dans la gestion des crises et font partie de la gestion intégrale des risques.

Mais où trouve-t-on les fonds pour financer les mesures d’urgence? Et comment des voies décisionnelles aussi courtes ont-elles été obtenues dans une machine administrative telle que l’ONU? L’intervention a été rendue possible grâce au Fonds central d’intervention d’urgence (Central Emergency Response Fund, CERF), un fonds international d’aide d’urgence créé en 1991 par l’Assemblée générale des Nations Unies et doté en 2005 d’un mécanisme annuel de subventions de 450 millions de dollars.

Le CERF réformé en 2005 a fêté son dixième anniversaire ce jeudi 17 décembre. Il regroupe les contributions volontaires de divers Etats, parmi lesquels la Grande-Bretagne, la Suède, la Norvège et les Pays- Bas, ainsi que les dons d’associations, de fondations, d’entreprises et de particuliers. L’Aide humanitaire de la Suisse apporte elle aussi sa contribution. Le CERF vise à débloquer rapidement et efficacement, sans consultation préalable des Etats donateurs, des fonds en cas de catastrophe naturelle soudaine (séisme, inondation, tsunami, glissement de terrain, etc.) ou de crise humanitaire «oubliée». Il est le reflet d’une solidarité internationale active. Les pays qui font l’actualité en cas de crise ou de conflit n’ont pas besoin de se préoccuper du volume ni de la date de mise à disposition de l’aide: les fonds sont alloués pour répondre aux besoins élémentaires des populations en détresse. En dernière instance, c’est le plus haut fonctionnaire de l’ONU, le secrétaire général Ban Ki-moon, qui décide de leur affectation.

Le CERF est géré par le secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires des Nations Unies, Stephen O’Brien, assisté par un secrétariat. Le groupe consultatif indépendant, composé de 18 membres, fournit quant à lui des conseils pour la gestion du fonds. Il se réunit deux fois par an. Depuis août 2014, j’ai le privilège d’en être membre et j’en assure la direction depuis octobre 2015.

Le CERF a fait ses preuves ces dernières années. S’il n’existait pas, il faudrait l’inventer d’urgence. Au sens large, il peut être comparé au Fonds européen de stabilité financière. Si le mécanisme de stabilisation financière en Europe repose sur des prêts bilatéraux et non sur l’octroi de fonds non remboursables comme dans le cadre du CERF, les deux fonds visent à permettre une action rapide et efficace en cas de nécessité. Dans les deux cas, il s’agit de mécanismes de transition appliqués jusqu’à la mise en place d’autres mesures d’aide ou le rétablissement de l’autonomie. Compte tenu de la portée des crises humanitaires actuelles, il serait irresponsable pour la communauté internationale de ne pas recourir à un réseau de prévoyance comme le CERF pour venir en aide aux populations dans le besoin.

Gestion des risques

Le CERF ne saurait toutefois être comparé à un simple mécanisme d’assurance. D’abord parce que les risques engendrés par les conflits, les catastrophes, la pauvreté et le changement climatique sont difficilement mesurables et planifiables. Ensuite parce que la communauté internationale, qui s’est engagée à réduire les souffrances humaines, met à disposition trop peu de moyens pour résoudre les crises humanitaires. En effet, seule la moitié des besoins humanitaires mondiaux (19,5 milliards de dollars) sont actuellement couverts. Avant de pouvoir être assurés collectivement, les risques pour les individus doivent être identifiés, analysés et évalués. L’aide humanitaire et la coopération au développement suisses (sous l’égide de la Direction du développement et de la coopération DDC) ont pour tâche de trouver les outils et méthodes adéquats ou d’adapter les outils et méthodes existants pour gérer les risques. Cette approche correspond au standard international de la gestion intégrale des risques. Elle implique l’évaluation du contexte, à savoir l’identification, l’analyse et l’évaluation des risques, ainsi que l’élaboration d’une stratégie de gestion des risques. Nous avons fait un grand pas en avant dans ce domaine avec le nouveau message sur la coopération internationale 2017- 2020.

En désespoir de cause, lorsque les mesures de planification, de réduction et de maîtrise des risques échouent, le CERF est déployé comme un outil supplémentaire de la gestion internationale des risques. Il intervient lorsqu’une catastrophe survient sans avoir été anticipée ou qu’une crise humanitaire est sous-financée, ne faisant plus la une des journaux. Mais qui contrôle l’utilisation des fonds mis à disposition et prévient la corruption? Comme dans l’économie, il existe dans l’humanitaire des systèmes de gestion de la compliance qui permettent de veiller au respect des lois et des directives, et d’éviter autant que faire se peut les entorses aux règles.

Donation de la Suisse au CERF@10

Le CERF est un outil de référence des Nations Unies. En témoignent non seulement son existence depuis dix ans, son objectif annuel de collecte porté à 450 millions de dollars en 2005 et la demande de certains représentants de doubler sa capacité, mais aussi l’idée ayant présidé à sa création, à savoir une solidarité active dans les affaires humanitaires fondée sur un regroupement des Etats.

Le fonctionnement du CERF repose sur les principes de solidarité, d’humanité et d’impartialité. L’intervention, rapide, efficace et discrète, est adaptée aux besoins des populations concernées. Pourquoi se lancer dans des procédures fastidieuses lorsque le temps presse pour sauver des vies et soulager les souffrances, et que les Nations Unies peuvent apporter une aide immédiate via leurs partenaires sur place? La détresse humaine est trop grande, de même que l’importance d’un fonds mondial de prévoyance ayant pour produit collectif l’aide rapide fournie pour sauver des vies.

A l’occasion du dixième anniversaire du fonds célébré hier à New York (CERF@10), la Suisse a effectué un don supplémentaire de 3 millions de francs. Qu’en sera-t-il du CERF en 2025? Faisons en sorte que la dotation du fonds pour son 20e anniversaire ne soit pas doublée mais réduite de moitié. Cela signifierait que certains risques liés aux conflits, aux catastrophes, à la pauvreté et au changement climatique ont été réduits et que le monde se porte mieux qu’aujourd’hui.

Manuel Bessler, Délégué du Conseil fédéral à l’aide humanitaire et directeur du Corps suisse d’aide humanitaire.

Le CERF en chiffres et en faits

Création du Central Emergency Revolving Fund (CERF) en 1991 par l’Assemblée générale de l’ONU

Changement de dénomination (et accroissement de l’objectif annuel de collecte à 450 millions de dollars) le 15 décembre 2005 par l’Assemblée générale de l’ONU: le CERF devient le Central Emergency Response Fund

10e anniversaire («CERF@10») le 17 décembre 2015 à New York, avec participation de la Suisse

Capital du fonds (objectifs annuels de collecte): 450 millions

Bénéficiaires: personnes en situation d’urgence, au cours des dix dernières années essentiellement au Soudan, en République démocratique du Congo, en Somalie, en Ethiopie, au Pakistan, au Kenya, au Tchad, au Soudan du Sud, au Yémen et au Nigeria

Administration des fonds: Stephen O’Brien, secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires de l’ONU et coordinateur des secours d’urgence, directeur de l’UN-OCHA

Direction du secrétariat: Lisa Doughten

Groupe consultatif: 18 membres indépendants de 18 nations (dont la Suisse), nommés par le secrétaire général de l’ONU; dirigé depuis octobre 2015 par Manuel Bessler, délégué à l’aide humanitaire et directeur du CSA

Contributeurs volontaires: 123 Etats membres de l’ONU, Vatican, Ordre de Malte, gouvernements locaux (p. ex. région flamande de Belgique, préfecture japonaise de Hyogo, Etat fédéral d’Australie méridionale), personnes morales et physiques

Dix plus gros contributeurs entre 2006 et 2015 (représentant 87% du capital du fonds): Grande-Bretagne, Suède, Norvège, Pays-Bas, Canada, Espagne, Allemagne, Irlande, Danemark, Australie

Contribution suisse en 2015: 10 millions de francs

Dons possibles (également en tant que particulier) sous www.unocha.org/cerf/our-donors/how-donate